talia - Page 2

  • Brad Mehldau, House on Hill

    Génial le dernier Brad Mehldau ?

    J'ai toujours eu un souci avec la musique du pianiste. Trop gentillet ? Mais voilà tout arrive et House on hill, qui constituerait le huitième volume de la saga Art of the trio, est le premier que je me décide à acquérir. Pas question de décrier bêtement cet artiste reconnu. C'est vrai que les premières notes de contrebasse d'Art of the trio vol. 3, le meilleur de la série si l'on en croit certains, avaient fait plus qu'attirer mon attention.

     

    C'est sur ce souvenir que je me suis laissé attendrir par les intrigues développées à la main droite sur August Ending. Celui-ci constitue en fait le thème général de l'album, ensemble de variations sur ce même titre (voir le site piano bleu à ce sujet). Ce qui me saisit le plus dans cet album, c'est la manière dont co-existent la main gauche et la main droite, avec une indépendance poussée jusqu'à un certain paroxysme. Il ne s'agit pas simplement d'imprimer une rythmique à gauche et une mélodie à droite mais réellement de deux histoires différentes qui se croisent, s'éloignent et se rejoignent au gré des titres.

    brad.JPGC'est très agréable de se plinger dans cette dichotomie, encore plus marquée si vous pouvez écouter au casque et bénéficier ainsi à plein de l'effet stéreo. Pourtant, il reste au global un goût d'inachevé à la fin de l'écoute d'House on Hill. Peux-être mon oreille n'est-elle pas assez aiguisé mais j'y trouve un côté très répétitif et finalement assez plat. Le son du trio ne se renouvelle pas, une impression renforcée par des solos pratiquement exclusivement de piano. Les rythmes se ressemblent et les arrangements également dans ce système de variations autour d'un thème dont je ne parviens pas à voir l'aboutissement.

    Il reste quelques titres très riches comme Boomer et son rythme perturbant et lancinant, le classique mais efficace Fear and trembling et le joyeux (ouf, il y a en un qui redonne le sourire) Happy tune.

     

    Alors génial le dernier Brad Mehldau ? Pas pour moi mais certainement flatteur, agréable dès les premières notes. Dommage qu'il lasse dans sa consommation intégrale.

  • Chroniques de disques 2

    Bunky Green : Another place (Label Bleu)

    Une résurrection. Celle d'un altiste chicagoan septuagénaire injustement oublié. Ce disque a été produit par l'un de ses plus grands fans : Steve Coleman. Superbement accompagné par Jason Moran (p), Lonnie Plaxico (cb) et Nasheet Waits (dms), Bunky Green livre ici un disque en tous points enthousiasmant, même si un peu court.

    C'est sans doute le disque qui tourne le plus sur ma platine actuellement. De la tension, de la tendresse, un héritage parkerien, des escapades mouvementées en terrain plus free, et un lyrisme tour à tour brûlant et apaisé.

    Limousine (Chief Inspector)

    Premier album du trio Laurent Bardainne (sax, claviers) - Maxime Delpierre (guitare) - David Aknin (batterie) vu en décembre dernier à l'Ermitage. Comme la bande-son d'un road-movie imaginaire sur fond de grand Ouest américain. On prend le temps de regarder défiler le paysage et de rêver à un ailleurs paisible où la fureur de la ville n'aurait plus de prise sur nous. Un joli contre-pied par rapport à l'esthétique générale des productions du label Chief Inspector.

  • Chroniques de disques jazz

    Disque de Jean-Philippe Viret : L'indicible (Minium)

    jazz.JPGJ'avais découvert le trio du contrebassiste Jean-Philippe Viret en première partie du quartet de Wayne Shorter en 2003 au Parc Floral. Séduction immédiate pour cet alliage de swing entraînant et d'éléments plus abstraits. Après deux albums chez Sketch, le revoici sur Minium en compagnie des fidèles Edouard Ferlet au piano et Antoine Banville à la batterie. On retrouve le goût du leader - et du pianiste qui signe un certain nombre des titres de l'album - pour des architectures complexes qui n'en oublient néanmoins pas d'être expressives en matière de sentiments pour l'auditeur. 

    Disque de Jimmy Giuffre : Western Suite (Atlantic)

    Pas vraiment la plus récente des nouveautés, puisque ce disque a été enregistré en 1958. Et pourtant, quelle modernité ! L'instrumentation originale (clarinette et sax de Giuffre, trombone de Bob Brookmeyer et guitare de Jim Hall) permet au trio d'esquisser un jazz de chambre aux confins de diverses influences - du bop au third stream en passant par le cool - pour inventer un langage qui encore aujourd'hui apparaît comme un des développements les plus aventureux du jazz moderne. Jimmy Giuffre : Western Suite

    J'avais acheté ce disque suite au concert de Mop en hommage à Giuffre en février dernier. Qu'il en soit ici remercié ! Prochaine étape, la réédition ECM du trio Giuffre-Bley-Swallow.

  • Hamid Drake, discographie

    Suite au concert de Hamid Drake et Michael Zerang jeudi soir, je me suis replongé dans ma discothèque pour voir sur quels disques intervenait Hamid Drake. J'en ai sélectionné quatre, qui reflètent bien son talent et la diversité des terres musicales qu'il aborde.

    Pharoah Sanders, Hamid Drake, Adam Rudolph : Spirits, Meta Records, 2000
    Peut-être le meilleur disque de Pharoah Sanders depuis ses années Impulse!. Accompagné de deux percussionnistes de très haut vol, le saxophoniste renoue avec son lyrisme free exacerbé sur fond de percussions afro-indiennes, bien loin du clinquant "electro-world" un peu insupportable de ses productions précédentes. Ici tout est organique. La richesse incroyable des rythmes proposés par Hamid Drake et Adam Rudolph est un tapis soyeux sur lequel Sanders prend de splendides solos, très inspirés (mystiques diront certains). Les esprits de Coltrane et Don Cherry planent sur ce bien beau disque.

    Gigi, Palm Pictures, 2001
    Gigi est une chanteuse éthiopienne. Sur ce premier disque, elle propose un étonnant - mais très réussi - mélange de musique éthiopienne et de jazz, funk et dub. Il faut dire que le disque est produit par Bill Laswell, grand mixeur et remixeur de genres. Je n'aime pas toujours le résultat de ses grands ragouts musicaux, mais ici c'est vraiment très bon. Les musiciens présents sur le disque n'y sont pas pour rien. On y retrouve en effet Herbie Hancock, Wayne Shorter, Pharoah Sanders, Henry Threadgill, Karsh Kale, Graham Haynes, Amina Claudine Myers et bien sûr Hamid Drake. Excusez du peu !