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  • Jazz avec Fred Wesley

    Lorsqu’on reçoit le nouvel album de Fred Wesley, la première chose qui frappe c’est le titre. Il faut dire que With Little Help From My Friends est un titre curieux. Lorsque l’on s’appelle Fred Wesley et qu’on a  près de quarante ans de carrière derrière soi, on se dit que l’on devrait être capable de se passer de l’aide de ces amis pour sortir un disque. Surtout lorsqu’on a soi même épaulé les plus grands comme James Brown ou Georges Clinton.

    Un album entre amis de Fred Wesley

    fred.JPGC’est justement là que se trouve la subtilité. Lorsque l’on a une carrière aussi bien remplie que celle de Monsieur Wesley, on peut se permettre de s’amuser un peu. Que ce soit pour jouer avec de vielles connaissances comme  Pee Wee Ellis ou Macéo Parker, tout deux croisés auprès de James Brown ou permettre au méconnu mais non moins talentueux Nils Landgren de s’illustrer, il s’agit avant tout du plaisir de jouer.
    With Little Help from my friends n’est donc pas un album accouché dans la douleur comme pourrait l’écrire le chroniqueur perfide avide de défoulement. C’est juste une session entre amis, comme à la maison.

    Et en 40 ans, Fred Wesley a eu le temps de s’en faire des camarades. A commencer par ces alter égos au panthéon de la musique Funk que sont Pee Wee Ellis et Macéo Parker.  On retrouve le premier sur Spring Like et sur le très bon Everywhere is Out of Town. Ce morceau interprété par Willi Amrod s’éloigne un peu de la funk de Wesley pour approcher l’univers du blues. Maceo Parker signe lui un morceau sobrement intitulé Homeboy où il donne la réplique à Fred Wesley. Un morceau terriblement groovy ou l’ombre des JB’s plane forcément. On ne va pas s’en plaindre.

    Autre compagnon de longue date présent sur cet album, le bassiste Dwayne Dolphin qui apporte sa technique sur le calciné Ashes To Ashes à l’accent rap 80’s avec une interprétation de Brian Cox que n’aurait pas renié Grand Master Flash lui même…

    L'album With a Little Help from friends

    fred-jazz.JPGWith a Little Help from friends fait également la part belle au compagnon actuel de Fred Wesley. On retrouve notamment ici John Dolgin Aka Socalled, le tonitruant MC et producteur du combo Abraham Inc formé par Fred Wesley, David Krakauer et Socalled donc. Cette formation bâtie autour du clarinettiste kletzmer David Krakauer a sorti l’an passée un excellent album  intitulé Tweet Tweet mêlant allégrement musique kletzmer, funk et hip hop. Album que j’ai beaucoup apprécié et que je recommande fortement au passage.
    Quelle ne fut donc pas ma surprise de retrouver Socalled délesté de son nom de scène pour offrir à Fred Wesley, le  bien nommé Beautiful. On  est bien loin des folles envolées d’Abraham Inc.

    Si la patte des invités se fait sentir, on trouve également du « pur Wesley » comme sur ce Swedish Funkballs composé par Wesley lui même accompagné par Nils Landgren. L’occasion pour ce tromboniste de jouer avec celui qu’il considère comme son modèle. Et le morceau est plutôt réussi ce qui ne gâche rien. Il donne même envie de se pencher plus avant sur la discographie de notre ami nordique.

    Au final, With little Help from my friends est un album de bonne facture où l’on retrouve la volonté d’éclectisme de Wesley mais également un album qui permet de découvrir ou redécouvrir des artistes talentueux qui réchaufferont nos oreilles lors de cet hiver froid qui s’annonce. C’est toujours ça de gagner.

  • discographie jazz d'Hamid Drake

    suite de la discographie d'Hamid Drake

    William Parker Quartet featuring Leena Conquest : Raining on the moon, Thirsty Ear, 2002
    raining.JPGUn autre disque assez remarquable. L'un des meilleurs de la Blue Series de Thirsty Ear. Le quartet emmené par le contrebassiste William Parker, figure phare de la scène free new-yorkaise, organisateur du Vision Festival notamment, plonge dans le blues, la soul et le funk pour en ressortir une musique somptueuse. On pense aux
    Stances à Sophie de l'Art Ensemble of Chicago pour ce mélange de jazz libre et de soul-funk explosive. La chanteuse Leena Conquest incarne parfaitement des chansons comme les magnifiques "Raining on the moon" ou "James Baldwin to the rescue". Rob Brown au sax, Louis Barnes à la trompette et Hamid Drake à la batterie complètent ce casting idéal.

    David Murray & The Gwo-Ka Masters featuring Pharoah Sanders : Gwotet, Justin Time, 2004
    Un disque que j'ai déjà évoqué indirectement à l'occasion du concert de David Murray au New Morning en novembre dernier. Le saxophoniste américain y poursuit son exploration des musiques caraïbes, et notamment guadeloupéennes, en proposant une rencontre très réussie de celles-ci avec le jazz et le funk. Rythmiquement c'est très fort. Hamid Drake n'est pas le seul à y contribuer, mais en tenant la batterie il est le complément essentiel des percussionnistes guadeloupéens présents sur le disque.

    De plus, on y retrouve encore une fois Pharoah Sanders, dans de beaux duels de saxes avec Murray.

     

  • Medeski, Martin & Wood : End of the world party

    Nouvel album du trio le plus groovy de la Grosse Pomme : Medeski, Martin & Wood .

    John Medeski (claviers), Billy Martin (percussions) et Chris Wood (basse) forment depuis plus de treize ans l'un des groupes phares de la Downtown Scene. Pour ce nouveau disque ils ont fait appel au producteur John King (aux manettes sur Paul's Boutique des Beastie Boys et Odelay de Beck notamment), afin de donner une touche un peu plus pop à leur musique. Le résultat est des plus convaincants. On retrouve le côté "groove sans concession", "expérimental et dansant", "pulsation contagieuse et syncope enivrante" qui fait la marque du groupe, mais avec un format un peu plus "chanson" qu'à l'accoutumée, comme si les morceaux étaient plus construits dans le but de raconter une histoire cette fois-ci.

    Medeski alterne avec un malin plaisir les différents types de claviers, du piano à l'orgue en passant par le synthé, jouant parfois simultanément de deux instruments (une main sur chaque). Martin propose comme toujours des rythmiques intenses et entraînantes, tandis que les lignes de basse de Wood se font délicieusement insistantes. On retrouve également des proches du groupes invités à jouer sur quelques titres, notamment Marc Ribot à la guitare et Steve Bernstein (de Sex Mob) à la trompette.

    MMW propose ici la synthèse la plus parfaite du Herbie Hancock funky des 70s et du jazz downtown des 90s. Au final, ce disque est tout simplement l'un de leurs meilleurs parus chez Blue Note.

    Medeski, Martin & Wood : End of the world party (just in case), Blue Note, 2004

     

  • Brad Mehldau, House on Hill

    Génial le dernier Brad Mehldau ?

    J'ai toujours eu un souci avec la musique du pianiste. Trop gentillet ? Mais voilà tout arrive et House on hill, qui constituerait le huitième volume de la saga Art of the trio, est le premier que je me décide à acquérir. Pas question de décrier bêtement cet artiste reconnu. C'est vrai que les premières notes de contrebasse d'Art of the trio vol. 3, le meilleur de la série si l'on en croit certains, avaient fait plus qu'attirer mon attention.

     

    C'est sur ce souvenir que je me suis laissé attendrir par les intrigues développées à la main droite sur August Ending. Celui-ci constitue en fait le thème général de l'album, ensemble de variations sur ce même titre (voir le site piano bleu à ce sujet). Ce qui me saisit le plus dans cet album, c'est la manière dont co-existent la main gauche et la main droite, avec une indépendance poussée jusqu'à un certain paroxysme. Il ne s'agit pas simplement d'imprimer une rythmique à gauche et une mélodie à droite mais réellement de deux histoires différentes qui se croisent, s'éloignent et se rejoignent au gré des titres.

    brad.JPGC'est très agréable de se plinger dans cette dichotomie, encore plus marquée si vous pouvez écouter au casque et bénéficier ainsi à plein de l'effet stéreo. Pourtant, il reste au global un goût d'inachevé à la fin de l'écoute d'House on Hill. Peux-être mon oreille n'est-elle pas assez aiguisé mais j'y trouve un côté très répétitif et finalement assez plat. Le son du trio ne se renouvelle pas, une impression renforcée par des solos pratiquement exclusivement de piano. Les rythmes se ressemblent et les arrangements également dans ce système de variations autour d'un thème dont je ne parviens pas à voir l'aboutissement.

    Il reste quelques titres très riches comme Boomer et son rythme perturbant et lancinant, le classique mais efficace Fear and trembling et le joyeux (ouf, il y a en un qui redonne le sourire) Happy tune.

     

    Alors génial le dernier Brad Mehldau ? Pas pour moi mais certainement flatteur, agréable dès les premières notes. Dommage qu'il lasse dans sa consommation intégrale.

  • Chroniques de disques 2

    Bunky Green : Another place (Label Bleu)

    Une résurrection. Celle d'un altiste chicagoan septuagénaire injustement oublié. Ce disque a été produit par l'un de ses plus grands fans : Steve Coleman. Superbement accompagné par Jason Moran (p), Lonnie Plaxico (cb) et Nasheet Waits (dms), Bunky Green livre ici un disque en tous points enthousiasmant, même si un peu court.

    C'est sans doute le disque qui tourne le plus sur ma platine actuellement. De la tension, de la tendresse, un héritage parkerien, des escapades mouvementées en terrain plus free, et un lyrisme tour à tour brûlant et apaisé.

    Limousine (Chief Inspector)

    Premier album du trio Laurent Bardainne (sax, claviers) - Maxime Delpierre (guitare) - David Aknin (batterie) vu en décembre dernier à l'Ermitage. Comme la bande-son d'un road-movie imaginaire sur fond de grand Ouest américain. On prend le temps de regarder défiler le paysage et de rêver à un ailleurs paisible où la fureur de la ville n'aurait plus de prise sur nous. Un joli contre-pied par rapport à l'esthétique générale des productions du label Chief Inspector.

  • Chroniques de disques jazz

    Disque de Jean-Philippe Viret : L'indicible (Minium)

    jazz.JPGJ'avais découvert le trio du contrebassiste Jean-Philippe Viret en première partie du quartet de Wayne Shorter en 2003 au Parc Floral. Séduction immédiate pour cet alliage de swing entraînant et d'éléments plus abstraits. Après deux albums chez Sketch, le revoici sur Minium en compagnie des fidèles Edouard Ferlet au piano et Antoine Banville à la batterie. On retrouve le goût du leader - et du pianiste qui signe un certain nombre des titres de l'album - pour des architectures complexes qui n'en oublient néanmoins pas d'être expressives en matière de sentiments pour l'auditeur. 

    Disque de Jimmy Giuffre : Western Suite (Atlantic)

    Pas vraiment la plus récente des nouveautés, puisque ce disque a été enregistré en 1958. Et pourtant, quelle modernité ! L'instrumentation originale (clarinette et sax de Giuffre, trombone de Bob Brookmeyer et guitare de Jim Hall) permet au trio d'esquisser un jazz de chambre aux confins de diverses influences - du bop au third stream en passant par le cool - pour inventer un langage qui encore aujourd'hui apparaît comme un des développements les plus aventureux du jazz moderne. Jimmy Giuffre : Western Suite

    J'avais acheté ce disque suite au concert de Mop en hommage à Giuffre en février dernier. Qu'il en soit ici remercié ! Prochaine étape, la réédition ECM du trio Giuffre-Bley-Swallow.