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  • Chroniques de disques

    Aldo Romano, Louis Sclavis et Henri Texier : African Flashback (Label Bleu)
    Il s'agit du troisième volet des aventures africaines du trio, toujours accompagné par les très belles photos de Guy Le Querrec. Néanmoins, cette fois-ci, il ne s'agit pas d'un voyage physique, mais d'une excursion mémorielle à l'aide de photos.

    Chacun des trois musiciens a choisi quatre photos parmi celles proposées par Le Querrec, prises au cours des quarante dernières années sur le continent noir. Là-dessus, ils ont écrit des thèmes qu'interprète le trio.

    On retrouve avec plaisir les talents de compositeurs des trois musiciens : une évidence mélodique qui colle vite à notre propre mémoire. Et, bien sûr, une qualité d'interprétation servie par trois grandes figures des musiques improvisées en Europe.


    Eric Legnini Trio : Miss Soul (Label Bleu)
    Premier quatrième album en tant que leader pour le pianiste belge, avec un titre explicite qui en dit long sur les influences ici mises à l'honneur : Horace Silver, Bobby Timmons et surtout Phineas Newborn, bref les grandes figures du jazz soul des 60s. Avec son jeu qui respire la joie de vivre et plonge bien profond dans la tradition afro-américaine (aussi bien jazz que rhythm'n'blues), Eric Legnini donne une sorte de prolongement au Wonderland de Stéphane Belmondo, où son jeu faisait déjà merveille.

    Si l'ambiance du disque est résolument américaine, Legnini et ses deux compères Rosario Bonaccorso (cb) et Franck Agulhon (dms) s'autorisent également quelques incursions en terres européennes avec un morceau alla Nino Rota (La Strada - hommage aux origines italiennes du pianiste également) et une reprise de Joga de Björk. Du jazz-plaisir vif et joyeux.

  • Kenny Wheeler, album Other People

    Il faut du culot à un musicien de jazz pour enregistrer avec un quatuor à cordes.

    Et il faut tout le talent de Kenny Wheeler, dont on ne compte plus les disques chez ECM, pour réussir haut la main, sur ce troisième album en solo paru chez CamJazz.

    D’une grande poésie, "Other People" voit Wheeler se mettre au service du quatuor, qui a toute lattitude pour s’exprimer ("String Quartet n. 1" permet aux deux violons, au violoncelle et à la viole de converser pendant plus de dix minutes comme le ferait la violoniste Lisa Yang dans certains concerts).

    En compagnie du Hugo Wolf String Quartet ; le trompettiste et bugliste anglo-canadien (parfois rejoint par le pianiste John Taylor) mêle lyrisme et accents jazz, esprits classiques et souffle (c’est le cas de dire puisque Kenny est un souffleur) de modernité.

    Il s’agit là d’une "musique sans ego" comme le rappellent les notes de pochettes. En tout cas, ce disque propose des plages d’une grande poésie, dotées d’un pouvoir d’évocation rare, parcourues par un souffle épique, à la fois intenses et retenues.

    Ecoutez le duo violon-piano sur More is less :

     

    Du très grand art.

     

  • Louis Armstrong & Richard Nixon

    Un cliché, une image, une photo, un instant… Une fraction émotionnelle par mois. Aujourd’hui: « Louis Armstrong & Richard Nixon ».

    Si on connait tous le grand Louis Armstrong, alias « Satchmo », et sa trompette grasse et nasillarde, on sait moins que Louis était un grand consommateur de cannabis. En effet, Armstrong a toujours fumé des quantités astronomiques de joints allant même jusqu’à proner la légalisation de cette pratique publiquement.

    Alors vous allez me dire, quel rapport avec Richard Nixon qui fut lui, une figure marquante de la guerre anti-drogues durant son mandat à la maison blanche? Pour répondre à cette question, il faut remonter un peu dans le temps, à l’époque où Nixon n’était que membre du congrès américain.

    Les deux hommes se retrouvent par hasard dans un même avion qui les ramène d’Europe vers les Etats-Unis. Nixon reconnait le trompettiste et l’aborde, lui avouant qu’il est un grand admirateur de son oeuvre. Tous deux parlent et sympathisent ainsi le temps du trajet. A l’atterrissage, Satchmo profite de l’occasion pour demander à Nixon s’il veut bien porter son étui à trompette, prétextant une douleur à l’épaule ou une trop grande quantité de bagages, peu importe. L’homme politique accepte et se retrouve donc à passer la douane avec l’étui de Satchmo sans problème particulier. Les deux hommes se quittent amis et tout va bien dans le meilleur des mondes… surtout pour Armstrong qui vient de s’éviter un contrôle douanier qui se serait avéré ennuyeux étant donné que la petite mallette était chargée de ganja.

    Nixon s’en ira donc accomplir sa destinée en devenant le 37ème président des Etats-Unis, sans savoir qu’il fut un jour la mule d’un trompettiste de jazz…

     

  • Chroniques albums jazz

    The Omer Avital Group : Think with your heart, 2001
    Un superbe disque, qui sort d'ailleurs un peu de l'esthétique générale du label, en intégrant des éléments de folklore israélien, et plus largement orientaux, dans un jazz de moyenne formation qui rappelle par instant le jazz workshop mingusien. Omer Avital, le leader du groupe, est d'ailleurs lui aussi contrebassiste. Le disque commence par une belle reprise de
    Redemption Song de Bob Marley à la contrebasse solo avant d'évoluer vers un jazz qui fait la part belle aux anches. L'un de mes préférés de la série.

    Matt Penman : The Unquiet, 2002
    Un autre contrebassiste, néo-zélandais celui-là, à la tête d'un quintet où se cotoient Kurt Rosenwinkel, magnifique guitariste qui a percé auprès d'un plus large public depuis, et Chris Cheek, l'un des saxophonistes les plus en vue de cette génération, ainsi qu'Aaron Goldberg au piano et Jeff Ballard à la batterie. Avec ce groupe on est au coeur de l'esthétique "réformiste" mise à l'honneur par le label. Une écriture résolument moderne, fruit du jazz (non-free) des 60s.

  • Jazz avec Fred Wesley

    Lorsqu’on reçoit le nouvel album de Fred Wesley, la première chose qui frappe c’est le titre. Il faut dire que With Little Help From My Friends est un titre curieux. Lorsque l’on s’appelle Fred Wesley et qu’on a  près de quarante ans de carrière derrière soi, on se dit que l’on devrait être capable de se passer de l’aide de ces amis pour sortir un disque. Surtout lorsqu’on a soi même épaulé les plus grands comme James Brown ou Georges Clinton.

    Un album entre amis de Fred Wesley

    fred.JPGC’est justement là que se trouve la subtilité. Lorsque l’on a une carrière aussi bien remplie que celle de Monsieur Wesley, on peut se permettre de s’amuser un peu. Que ce soit pour jouer avec de vielles connaissances comme  Pee Wee Ellis ou Macéo Parker, tout deux croisés auprès de James Brown ou permettre au méconnu mais non moins talentueux Nils Landgren de s’illustrer, il s’agit avant tout du plaisir de jouer.
    With Little Help from my friends n’est donc pas un album accouché dans la douleur comme pourrait l’écrire le chroniqueur perfide avide de défoulement. C’est juste une session entre amis, comme à la maison.

    Et en 40 ans, Fred Wesley a eu le temps de s’en faire des camarades. A commencer par ces alter égos au panthéon de la musique Funk que sont Pee Wee Ellis et Macéo Parker.  On retrouve le premier sur Spring Like et sur le très bon Everywhere is Out of Town. Ce morceau interprété par Willi Amrod s’éloigne un peu de la funk de Wesley pour approcher l’univers du blues. Maceo Parker signe lui un morceau sobrement intitulé Homeboy où il donne la réplique à Fred Wesley. Un morceau terriblement groovy ou l’ombre des JB’s plane forcément. On ne va pas s’en plaindre.

    Autre compagnon de longue date présent sur cet album, le bassiste Dwayne Dolphin qui apporte sa technique sur le calciné Ashes To Ashes à l’accent rap 80’s avec une interprétation de Brian Cox que n’aurait pas renié Grand Master Flash lui même…

    L'album With a Little Help from friends

    fred-jazz.JPGWith a Little Help from friends fait également la part belle au compagnon actuel de Fred Wesley. On retrouve notamment ici John Dolgin Aka Socalled, le tonitruant MC et producteur du combo Abraham Inc formé par Fred Wesley, David Krakauer et Socalled donc. Cette formation bâtie autour du clarinettiste kletzmer David Krakauer a sorti l’an passée un excellent album  intitulé Tweet Tweet mêlant allégrement musique kletzmer, funk et hip hop. Album que j’ai beaucoup apprécié et que je recommande fortement au passage.
    Quelle ne fut donc pas ma surprise de retrouver Socalled délesté de son nom de scène pour offrir à Fred Wesley, le  bien nommé Beautiful. On  est bien loin des folles envolées d’Abraham Inc.

    Si la patte des invités se fait sentir, on trouve également du « pur Wesley » comme sur ce Swedish Funkballs composé par Wesley lui même accompagné par Nils Landgren. L’occasion pour ce tromboniste de jouer avec celui qu’il considère comme son modèle. Et le morceau est plutôt réussi ce qui ne gâche rien. Il donne même envie de se pencher plus avant sur la discographie de notre ami nordique.

    Au final, With little Help from my friends est un album de bonne facture où l’on retrouve la volonté d’éclectisme de Wesley mais également un album qui permet de découvrir ou redécouvrir des artistes talentueux qui réchaufferont nos oreilles lors de cet hiver froid qui s’annonce. C’est toujours ça de gagner.

  • discographie jazz d'Hamid Drake

    suite de la discographie d'Hamid Drake

    William Parker Quartet featuring Leena Conquest : Raining on the moon, Thirsty Ear, 2002
    raining.JPGUn autre disque assez remarquable. L'un des meilleurs de la Blue Series de Thirsty Ear. Le quartet emmené par le contrebassiste William Parker, figure phare de la scène free new-yorkaise, organisateur du Vision Festival notamment, plonge dans le blues, la soul et le funk pour en ressortir une musique somptueuse. On pense aux
    Stances à Sophie de l'Art Ensemble of Chicago pour ce mélange de jazz libre et de soul-funk explosive. La chanteuse Leena Conquest incarne parfaitement des chansons comme les magnifiques "Raining on the moon" ou "James Baldwin to the rescue". Rob Brown au sax, Louis Barnes à la trompette et Hamid Drake à la batterie complètent ce casting idéal.

    David Murray & The Gwo-Ka Masters featuring Pharoah Sanders : Gwotet, Justin Time, 2004
    Un disque que j'ai déjà évoqué indirectement à l'occasion du concert de David Murray au New Morning en novembre dernier. Le saxophoniste américain y poursuit son exploration des musiques caraïbes, et notamment guadeloupéennes, en proposant une rencontre très réussie de celles-ci avec le jazz et le funk. Rythmiquement c'est très fort. Hamid Drake n'est pas le seul à y contribuer, mais en tenant la batterie il est le complément essentiel des percussionnistes guadeloupéens présents sur le disque.

    De plus, on y retrouve encore une fois Pharoah Sanders, dans de beaux duels de saxes avec Murray.